Quand vous discutez chaussettes avec d'autres tricoteur•euses, vous entendez souvent deux réactions. Une partie va vous dire "oh oui j'adore !" et l'autre "ouhlala moi ça me fait peur". Et vous avez la minorité restante qui avoue du bout des lèvres détester ça (ma théorie personnelle ? C'est parce qu'ielles n'ont pas encore trouvé le type d'aiguilles qui leur convient, mais cela n'engage que moi !). Si vous faites partie de la première catégorie, cet article risque de ne pas vous apprendre grand chose, à part les astuces glissées ça et là peut-être. Si vous faites partie des deux autres, bienvenue, nous allons dédramatiser le tricot de chaussettes !
Anatomie de la chaussette
Eh oui, comme tout vêtement, une chaussette se compose de plusieurs parties. Nous allons laisser de côté les chaussettes spécifiques, comme celles de yoga (qui n'ont ni talon, ni pointe) ou les tabi (dont la pointe est divisée pour séparer le gros orteil des autres). Voici donc les quatre parties d'une chaussette classique :
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la tige : il s'agit de la partie commençant par le bord haut (souvent composé de côtes, pour leur élasticité) et s'arrêtant avant le début du talon. Elle peut être très courte (juste une bordure de quelques rangs pour les socquettes) à très longue (jusqu'au haut de cuisse pour des bas). Généralement d'une quinzaine de centimètres, vous pouvez facilement l'adapter à vos préférences en tricotant plus ou moins de rangs. Attention toutefois, les chaussettes hautes demandent une mise en forme particulière au niveau des mollets, voire des cuisses pour les bas. Le point technique à maîtriser : le montage ou le rabattage des côtes doit être bien élastique (on en parle plus loin !).
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le talon : c'est "l'articulation" de votre chaussette, qui comprend le talon en lui-même et la mise en forme du cou de pied. On parle d'ailleurs de "tourner le talon" quand on y arrive (et non "tourner les talons", même si cette étape peut donner envie de fuir quand on débute). Il peut se travailler de plusieurs façons : avec un rabat (souvent renforcé), avec des rangs raccourcis, avec des augmentations et diminutions placées pour une forme emboîtante ou anatomique etc. Il peut également se tricoter dans la foulée de la tige, ou être mis de côté pour y revenir une fois le reste terminé. On parle alors de talon "après coup". Trouver le type de talon qui vous convient le mieux vous garantira d'avoir des chaussettes confortables et surtout qui ne glissent pas dans les chaussures. Les puristes adaptent même la profondeur du cou de pied pour éviter les plis mal placés ou un tissu qui tire trop à cet endroit.
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le pied : c'est la partie la plus simple de la chaussette, entre le talon et la pointe. Pas de technique spécifique à maîtriser, il vous suffit d'enchaîner les rangs tranquillement. Le seul risque : se laisser emporter par le rythme hypnotique des aiguilles et tricoter plus de rangs que nécessaire !
- la pointe : il s'agit de la partie fermée de la chaussette, qui recouvre les orteils. Sur la majorité des modèles, vous formez la pointe grâce à un jeu d'augmentations ou de diminutions (en fonction du bout par lequel vous commencez votre chaussette) travaillées symétriquement. Vous pourrez également créer des pointes dites anatomiques, qui suivent la forme du bout du pied. Pour cela, il faut soit répartir les augmentations / diminutions différemment, soit les travailler avec un jeu de rangs raccourcis.

Quelles aiguilles pour tricoter des chaussettes ?
Les chaussettes se tricotent en rond sur un petit nombre de mailles, aussi vous aurez besoin d'aiguilles adaptées pour cela. Il en existe quatre types, et pour chacun, vous avez le choix entre des pointes en métal ou en bois ou bambou :
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les double-pointes : quand on pense "chaussettes", c'est le premier type d'aiguilles qui vient en tête, aussi bien chez les non-initié•es que chez celleux qui pratiquent régulièrement le tricot. Ces aiguilles d'une longueur allant de 10 cm à 30 cm sont pointues des deux côtés (choisissez celles de 15 cm). Généralement vendues par cinq (parfois six), il vous faudra en utiliser au moins quatre en même temps. Vous répartissez vos mailles sur trois aiguilles et tricotez avec la quatrième. Chaque fois que vous avez "vidé" une aiguille, vous l'utilisez pour tricoter les mailles de la suivante. Leur avantage : vous pouvez travailler facilement avec un très petit nombre de mailles, et tricoter une chaussette du début à la fin avec. Leur inconvénient : il faut un peu de pratique pour gérer correctement la tension entre chaque aiguille.
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les trio et les flyers : hybrides entre double-pointes et mini-circulaires, ces aiguilles sont apparues relativement récemment sur le marché. Elles se présentent sous la forme de deux pointes plus ou moins longues reliées par un tout petit câble, généralement vendues par trois ou quatre. Vous répartissez cette fois vos mailles sur deux aiguilles et travaillez avec la troisième. Elles présentent les mêmes avantages et inconvénients que les double-pointes classiques tout en étant plus maniables. Elles peuvent également être un bon choix si vous avez du mal à utiliser les mini-circulaires à cause de leur pointe très courte.
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les mini-circulaires : comme leur nom l'indique, ce sont des aiguilles circulaires fixes ou interchangeables ultra-courtes : 23 à 25 cm de longueur totale. Selon les marques, vous en trouverez avec des pointes de même longueur, ou deux pointes de longueur différente. Vous préférerez les secondes si vous avez du mal à tenir des pointes très courtes. Leur avantage : pas besoin de jongler avec trois ou quatre aiguilles ni de maîtriser le magic loop pour tricoter un petit diamètre. Vous montez vos mailles et tricotez simplement en rond comme vous le feriez pour le corps d'un pull ou un col. Leur inconvénient : vous devrez quand même jongler avec trois ou quatre aiguilles ou maîtriser le magic loop pour mettre en forme le talon et les pointes (sorry!). L'astuce : tricotez vos chaussettes en commençant par les côtes et avec un talon après-coup. De cette manière vous n'avez à changer d'aiguilles qu'une seule fois lorsque votre "tube" terminé.
- les circulaires longues : fixes ou interchangeables, elles seront votre outil préféré si vous êtes adepte du magic loop. On conseille généralement des aiguilles de 80 cm pour tricoter confortablement avec cette méthode. Mais vous pourrez monter à 100 cm si vous pratiquez le TAAT (Two At A Time, soit tricoter deux chaussettes en même temps sur une seule circulaire). Leur avantage : pas besoin de matériel spécifique pour vos chaussettes, ce sont les mêmes que vous utiliseriez pour un pull ou un bonnet. Leur inconvénient : il faut maîtriser (et aussi aimer utiliser) le magic loop.

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Quel fil pour tricoter des chaussettes ?
On peut en fait tricoter des chaussettes avec n'importe quel fil, tant qu'il offre un peu d'élasticité. Mais (il y a toujours un mais) si on veut des chaussettes qui durent dans le temps, il vaut mieux en choisir un qui a été pensé pour cet usage particulier. En effet, ces petites choses vont subir beaucoup de frottements, et qui dit frottements dit usure, feutrage et finalement trous. Donc si vous voulez en profiter longtemps, privilégiez un fil solide, qui contient du nylon ou un équivalent, avec une torsion serrée. On trouve par exemple :
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le fil à chaussettes classique : il se compose majoritairement de laine (cela peut être du mérinos, mais aussi d'autres races dont la toison est connue pour leur résistance, comme le Blue-Faced Leicester par exemple) avec une part de nylon ou de polyamide pour la renforcer. Ces mélanges contiennent généralement 75% de laine pour 25% de synthétique. Il existe également des fils à chaussettes entièrement naturels, où le synthétique est remplacé par des fibres comme la soie ou l'ortie.
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les fils à chaussettes de luxe : si leur base reste la même (laine et nylon ou polyamide), on y ajoute une fibre supplémentaire : alpaga, soie, cachemire, yak... Parce qu'il n'y a pas de raison de ne pas offrir le meilleur à nos petits petons ! Il faut quand même noter que ces mélanges restent moins solides que le classique.
- les fils à chaussettes pour les beaux jours : développés depuis quelques années, ceux-ci contiennent des fibres plus légères comme le lin, l'ortie ou le coton. Il existe de très nombreux mélanges dans cette catégorie, certains contenant de la laine, d'autres non. A noter : ces fibres végétales n'étant pas du tout élastiques, les fils à chaussettes qui en sont majoritairement composés contiennent également des matières synthétiques pour apporter cette élasticité manquante.

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Comment tricoter des chaussettes ?
Il existe deux façons de tricoter des chaussettes : en "bottom up" (de la pointe vers le mollet) ou en "top down" (du mollet vers la pointe). Ces deux constructions vous donneront un résultat similaire, et choisir l'une ou l'autre est une affaire de goût personnel.
Dans les deux cas, vous devrez porter attention à l'élasticité au niveau du mollet, afin de pouvoir enfiler vos chaussettes facilement. Il vous faudra donc choisir un montage ou un rabattage élastique. Il en existe plusieurs, par exemple le montage à l'allemande et le rabattage à l'aiguille.
Concernant la pointe, deux techniques vous assureront des chaussettes confortables à porter, sans couture gênante au bout : le montage turc pour le bottom up et le grafting pour le top down.
A retenir : lorsque vous mesurez la longueur de votre pied, comptez environ 5 cm pour les pointes et 5 cm pour le talon.
Pour le reste, les points techniques à maîtriser sont les mêmes que pour n'importe quel ouvrage : augmentations ou diminutions et éventuellement rangs raccourcis en fonction du talon choisi. Rien de sorcier dans cela ! D'ailleurs (attention : unpopular opinion), il m'est arrivé de lancer des débutant•es sur une paire de chaussettes dès leur deuxième projet. Eh oui, c'est un excellent moyen d'apprendre plusieurs techniques en un seul projet. Avec en bonus l'impression de se voir vraiment avancer rapidement !
Alors prêt•e à vous (re)lancer ? Vous trouverez tout le nécessaire pour cela dans la boutique, et même notre patron pour débutant•e : Suzette, mes premières chaussettes.
Trois astuces pour profiter de vos chaussettes tricotées plus longtemps
Quelque soit le fil que vous choisirez, vos chaussettes finiront par s'user. Outre choisir un fil de qualité, voici trois astuces pour les garder aussi longtemps que possible :
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tricoter le talon et la pointe avec un fil contrastant : ces parties s'usent plus rapidement que la tige et le pied. En les tricotant avec un fil contrastant, vous pourrez très facilement les défaire et les re-tricoter si besoin. Il vous suffira de couper n'importe où dans la partie contrastante (mais surtout pas dans le pied ou la tige !), tirer le fil et récupérer les mailles ainsi libérées. Puis vous re-tricotez un nouveau talon ou une nouvelle pointe. Et voilà vos chaussettes réparées !
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utiliser un fil de renfort pour ces parties : il existe des fils de nylon transparents ou colorés pour doubler votre fil et le renforcer. D'ailleurs, vous en trouverez une bobinette cachée à l'intérieur des pelotes de Jawoll de Lang.
- simplement les réparer : certes, repriser ses chaussettes ne semble pas des plus inspirants. Mais vous pouvez en profiter pour laisser parler votre fibre artistique et tester le creative mending. On trouve aujourd'hui de nombreux tutos des plus inspirants sur le sujet !
Tricoter des chaussettes est vraiment addictif, pour plusieurs raisons. La première, ce sont des projets nomades par excellence. Mais comme elles prennent très peu de place, elles font aussi d'excellents projets "en attendant de". Vous pourrez avoir des "chaussettes de cuisine" sur lesquelles faire quelques mailles pendant que les patates cuisent, ou des "chaussettes de bureau", comme exercice méditatif lorsque vous essayez de mettre en forme une idée. La deuxième raison, c'est qu'une fois que vous aurez goûté aux chaussettes tricotées l'hiver, vous n'aurez plus envie de porter autre chose. Il va donc falloir de quoi remplir votre tiroir ! Et la troisième : c'est LE projet où vous pouvez complètement vous lâcher. Couleurs flashy, motifs rigolos, rayures dépareillées, pois ou carreaux... Ce sera votre petit secret, et quand vous aurez une journée pénible, il vous suffira de les regarder pour retrouver le sourire. Eh oui, les chaussettes à bonne humeur, c'est aussi tout un concept !